A la recherche de la pureté spécifique - Visite chez des producteurs de semences ultra-pointus
Sans expérience ni minutie, réussir à multiplier des semences de graminées tourne vite au casse-tête... Chez les Thomas, la passion reste heureusement intacte : ils se soucient du client qui achètera les semences de fétuque élevée ou de ray-grass anglais qu'ils multiplient.
Le choix de travailler les semences correspond pour Dominique Thomas à une volonté de diversifier ses productions. Des rotations longues sont bénéfiques sur un plan agronomique. Et économiquement, c’est un moyen de moduler les risques bien plus efficace, à ses yeux, qu’une assurance-récolte. Les 156 ha du GAEC se répartissent ainsi entre onze cultures : semences de fétuque, RGA et céréales à paille, blé, orges d’hiver et de printemps, colza, pommes de terre, betteraves, luzerne et pois de printemps.
Les semis de fétuque sont réalisés dans les parcelles de pois ou d’orge, car il n’y a pas de récolte la première année. Les deux espèces sont implantées dans la même journée. « Après une orge, il faut admettre un rendement moindre, car l’azote ne peut pas être mis à volonté. » Un subtil équilibre, qui caractérise tout le suivi cultural. « L’apport d’azote doit être bien raisonné.
Il en faut assez pour favoriser le tallage, mais pas trop car une croissance excessive va concurrencer la production en graines ». Dans le même esprit, l’apport d’un régulateur de croissance la deuxième année va permettre un joli port dressé des plantes, afin de favoriser la pollinisation des graines, tout en limitant la pousse du végétal.
Un point d'honneur à obtenir 99%
« Le gros problème, explique Dominique, c’est de nettoyer parfaitement les parcelles. Les herbicides autorisés sont de moins en moins nombreux, alors que des adventices résistantes apparaissent ». En tête de la liste, le vulpin, bien sûr. Mais aussi le rumex, pour lequel il n’y a pas d’autre solution que de l’arracher dans les champs à la main.
Dominique et son frère y passent plusieurs jours par an, car les semences doivent être à 95 % de pureté spécifique. « Nous mettons un point d’honneur à obtenir 99 %, voire plus ! Car 5 % de tolérance, pour celui qui achète, ce n’est pas tolérable… »
Récolte : les graminées prioritaires !
La récolte exige une surveillance constante, dès la fin du mois de juin. Il faut choisir le moment le plus propice, entre une humidité aussi faible que possible et le risque de voir disparaître tout ou partie de la récolte en cas d’orage ou de pluie ! « Lorsque nous avons fini de faucher les graminées, nous soufflons ! » s’exclame Dominique Thomas. « L’enjeu est phénoménal. C’est LA récolte prioritaire. » S’il faut choisir entre la récolte de colza ou celle de graminées, il n’hésite pas. Il est fidèle à la production de semences depuis de nombreuses années. « C’est un contrat de confiance avec le semencier.
La bonne année, je gagne bien. La mauvaise année, je perds. J’accepte de prendre des risques, si je gagne lorsque j’ai bien travaillé ». Objet de soins attentifs, la production de semences sait aussi rendre. « L’herbe est enfouie, source de matière organique. Cette culture offre aussi un réel effet sur la structure du sol grâce à son système racinaire. Un vrai plus.