Qui veut aller loin... diversifie ses pâtures ! Pour des systèmes moins dépendants des aléas climatiques.

Quelles espèces implanter ? Et si cette année, pour répondre à cette question, vous vous en posiez une autre : comment rendre mon système moins dépendant aux aléas climatiques. Des solutions existent. Les diversifier, c’est s’offrir une assurance supplémentaire. Le point avec Julien Greffier, technicien spécialisé Fourrages au Gnis.

Julien Greffier, comment faire le bon choix en termes d’espèces ou de mélanges à implanter ?

Opter pour une espèce ou un mélange, c’est avant tout retenir celle ou celui qui s’adaptera le mieux aux conditions pédoclimatiques de l’exploitation. Mais pas seulement. De plus en plus souvent, les éleveurs sont confrontés à des problèmes climatiques – sécheresses printanière ou estivale – qui impactent directement sur la quantité d’herbe produite. Dans de telles situations, la rentabilité et la sécurité du système peuvent être remises en cause.

Comment pallier ces aléas climatiques ?

En profitant des atouts qu’offrent de nombreuses espèces. Premier exemple :
la réglementation impose désormais de couvrir les sols en hiver pour limiter le lessivage de l’azote. Pourquoi ne pas profiter de ces couverts pour faire pâturer les animaux ou réaliser une fauche ? Des crucifères (radis, colza fourrager, navette),semés en fi n d’été, peuvent assurer une pâture en vert de qualité avec l’avantage de pousser très vite. Autre option : implanter du ray-grass italien alternatif. Seul ou associé à un trèfle incarnat, il peut être pâturé en fin d’automne puis ensilé au printemps. Une option qui permet par ailleurs de limiter les repousses.

Certains éleveurs optent pour des intercultures d’été, est-ce une bonne idée ?

Semer des prairies juste derrière un ensilage de céréales immatures ou après la récolte de céréales doit reste une option de secours, une « rustine » pour combler un déficit ponctuel de fourrage, suite à un printemps sec par exemple. Car cette stratégie reste risquée : le manque de pluie en juillet pouvant limiter la pousse. Dans ce cas, je conseille d’opter pour des espèces plus tolérantes à la sécheresse et à la chaleur comme le moha, le trèfle d’Alexandrie ou le sorgho. Une fois épié, le moha est moins appétent : il est donc préférable de l’exploiter tôt, en pâture. Le sorgho, riche en acide cyanhydrique, devra à l’inverse être maintenu jusqu’au stade 60 cm pour obtenir une dilution de cet acide. Arrivé à ce stade, il pourra être pâturé ou fauché. N’oublions pas non plus le millet perlé, qui peut être pâturé à un stade jeune, et le ray-grass d’Italie, bien adapté aux zones plus fraiches.

Existe-t-il des espèces naturellement plus résistantes à la sécheresse ?

Oui bien entendu. Ainsi, dans les régions aux étés secs, opter pour de la fétuque élevée, du dactyle ou de la luzerne s’affiche comme une assurance contre les coups de chaud. Associée à du brome ou à du dactyle, la luzerne offre un fourrage de qualité. Le lotier peut quant à lui être mélangé à du trèfle blanc : il prendra ainsi le relais quand le trèfle déclinera.

Ces différentes stratégies reviennent au final à produire tôt ?

Oui Il est vrai qu’au fil des campagnes, les stratégies évoluent quelque peu : des évolutions dictées par le changement climatique. Ainsi, les agriculteurs ne doivent pas hésiter à adapter
la précocité des variétés s’ils souhaitent semer plus tôt. Afin d’éviter les fortes de chaleur de fin de printemps, les variétés de raygrass anglais aux précocités intermédiaires seront par exemple plus adaptées que les tardives ou très tardives. Opter pour de la fétuque élevée au printemps permettra de faire pâturer les animaux plus tôt en saison car cette espèce pousse rapidement. Idem pour le brome, plus précoce. Ce dernier, sensible au piétinement, devra toutefois être pâturé au fil. Les associations ray-grass d’Italie – trèfle incarnat et ray-grass hybride – trèfle violet restent également des valeurs sûres.

Multiplier les espèces pour constituer du stock et contourner les aléas climatiques

L’exploitation de Christophe Morisset est implantée à Benassay, dans la Vienne sur 67 ha
(5 ha de céréales, 2 ha de prairies permanentes et le reste en prairies temporaires), à cheval entre les départements des Deux-Sèvres et de la Vienne sur des terres très difficiles où seul le semis d’herbe peut être valorisé. « Plus de la moitié présente un taux d’argile supérieur à
40 %, explique-t-il. La gestion du pâturage des 400 brebis vendéennes et des 20 vaches parthenaises reste, dans ce contexte, un vrai casse-tête. D’autant que depuis 2003, les aléas climatiques se multiplient : sécheresses printanière et automnale, gel de fin d’hiver qui a mis à mal certaines parcelles de ray-grass anglais, sans oublier la pluie qui, cette année, perturbe les chantiers de fauche ». Pour tenter de contourner ces problèmes, Christophe Morisset table sur une large palette d’espèces. Après en avoir testé de nombreuses, il a opté pour de la fétuque élevée associée à du trèfle blanc; ray-grass hybride et trèfle violet; dactyle et luzerne; trèfle violet, fétuque ou luzerne en pur. « Cette année, entre deux prairies temporaires, j’ai même semé du moha : une espèce très productive. Car mon objectif est clair : produire du stock pour limiter les achats de céréales et de concentrés. Si le temps le permet, je fais pâturer les brebis dès mars et ce, jusqu’à fin novembre. En fonction du climat, les espèces réagissent différemment. J’adapte le régime alimentaire des animaux en fonction des productions des différentes espèces. Contrairement aux vaches, les brebis arrachent l’herbe : il ne faut donc pas les laisser trop longtemps dans la parcelle sous peine de la voir complètement détruite. Je pratique un pâturage tournant, en moyenne, tous les 15 jours.»

Le Réchauffement : une réalité climatique et des pistes pour s’adapter

En témoigne le graphique sur l’évolution de la température moyenne en France métropolitaine réalisé par Météo France. Un projet nommé Validate, pour Vulnérabilité des prairies et des élevages au changement climatique et aux évènements extrêmes, coordonné par l’Institut National de la Recherche Agronomique, a fait l’objet d’une présentation, fin juin 2012. Il vise à limiter la réduction de la productivité observée dans les prairies permanentes de moyenne montagne et dans les prairies temporaires en plaine. Des tests ont été réalisés sur les sites de l’Inra de Lusignan, en Poitou-Charentes, et de Montpellier, en Languedoc, à partir de semences de dactyle et fétuques élevée, afin d’évaluer leur comportement en période de stress hydrique et thermique, et leur capacité de récupération. D’une manière générale, les variétés adaptées aux zones tempérées conservent un potentiel plus élevé que les variétés méditerranéennes en cas de déficit hydrique modéré. A l’inverse, ces dernières reprennent l’avantage en cas de déficit en eau prononcé. Revers de la médaille, la sensibilité au gel des variétés méditerranéennes. En termes de récupération, les expérimentations ont également montré qu’à un rythme d’exploitation moindre correspondait une meilleure reconstitution des stocks d’herbe l’année suivante. Le réchauffement climatique, qui pourrait avoir un effet bénéfique au printemps et à l’automne sur la pousse de l’herbe, conduira en tout cas à des stratégies d’adaptation des espèces et d’exploitation de l’herbe. Les recherches approfondies réalisées par les chercheurs visaient aussi à dégager des pistes pour la recherche variétale.

Julien GreffierChristophe Morisset

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