Les conservateurs d’ensilage d’herbe, comment ça marche ?

Derrière le terme de « conservateurs », plusieurs types d’additifs se distinguent par leur rôle et leur mode d’action. Certains ont pour objectif d’accélérer l’acidification naturelle de l’ensilage, d’autres d’améliorer la stabilité aérobie. Ces deux actions ont des bénéfices indirects sur la préservation de la matière organique (aspect quantitatif) et la valeur alimentaire du fourrage (aspect qualitatif).

Des accélérateurs d’acidification

Accélérer l’abaissement du pH durant le processus d’ensilage peut fortement réduire le développement des bactéries nuisibles (butyriques, entérobactéries). Cela se traduit par une réduction des pertes de matière organique et une réduction de la dégradation des protéines (protéolyse) durant la conservation.

L’incorporation d’acides organiques ou de bactéries lactiques homofermentaires dans l’ensilage permet de répondre à cet objectif.

Les acides organiques

Parmi les plus utilisés, on retrouve l’acide formique et l’acide propionique. Selon le principe acide-base, leur ajout fait baisser le pH dès leur application et permet également d’orienter les fermentations favorables (lactiques) qui se déroulent à des pH bas (< 5). Ces acides sont souvent présentés en mélange sous des formes dites « tamponnées », moins corrosives pour le matériel. Ils s’appliquent à raison de 2 à 6 litres par tonne de fourrage brut selon le type de fourrage et sa teneur en MS. Leur coût est compris entre 3 et 6 € par tonne de fourrage brut.

Les bacteries lactiques homofermentaires

Les bactéries lactiques, à l’instar des micro-organismes indésirables, sont présentes naturellement sur les fourrages et constituent ce que l’on appelle la flore épiphyte. Cependant, leur nombre est variable et impossible à prédire avec précision aujourd’hui. L’ajout de conservateurs à base de bactéries lactiques a pour objectif de les rendre majoritaires dans l’ensilage et d’orienter les fermentations vers la production d’acide lactique. Par rapport aux autres fermentations, la fermentation lactique est la plus efficace pour acidifier et ne génère pas de perte de matière.

Parmi les souches les plus utilisées, on retrouve Lactobacillus plantarum, Lactobacillus lactis, Pediococcus acidilactici, Pediococcus pentosaceus.

Leur application se raisonne en nombre par gramme de fourrage frais et l’unité utilisée est le nombre de cfu (colonie formant unité). Il est généralement recommandé d’atteindre des niveaux de l’ordre de 105 à 106 cfu par gramme de fourrage frais. Pour simplifier leur application, les fabricants recommandent une certaine masse de produit à appliquer sur une masse de fourrage donnée en fonction de la concentration.

Ces additifs se présentent sous forme de poudre sèche à diluer dans de l’eau afin de réactiver les bactéries. Leur coût (avec enzymes le plus souvent) est compris entre 2 et 4 € par tonne de fourrage brut. Associer des enzymes aux bactéries lactiquesLes enzymes ne sont pas des conservateurs en tant que tels. Elles sont utilisées en association avec les bactéries lactiques (homofermentaires ou hétérofermentaires). Leur rôle est de pré-digérer les fibres facilement digestibles ou les sucres de réserve (amidon) pour fournir davantage de sucres solubles aux bactéries. Parmi les enzymes, on retrouve les β-glucanase, xylanase, amylase.

Des retardateurs d’échauffement

Dès l’ouverture du silo, les conditions d’anaérobie sont rompues. La pénétration d’oxygène dans la masse de fourrage permet alors aux microorganismes aérobies stricts ou aérobies facultatifs de se redévelopper (levures, moisissures). Cette instabilité se manifeste par des échauffements qui traduisent des pertes de matière organique et de valeur énergétique et entraîne une baisse d’appétence. Plusieurs causes en sont à l’origine et/ou aggravent le phénomène : porosité du silo élevée, vitesse d’avancement insuffisante et température extérieure élevée. Pour y remédier, certains additifs ont des effets anti-fongiques qui retardent le développement de cette flore, améliorant ainsi la stabilité aérobie du fourrage.

L’acide propionique

Parmi les acides organiques, seul l’acide propionique a des propriétés dites « anti-fongiques ».

Les bacteries lactiques heterofermentaires

Les bactéries lactiques hétérofermentaires transforment les sucres solubles en acides lactique, acétique, alcool, CO2 et 1,2-propanediol. Ces bactéries sont moins efficaces que leurs consoeurs homofermentaires pour abaisser le pH.

Leur application est à réserver à des fourrages suffisamment riches en sucres et/ou préfanés. L’acide acétique et le 1,2-propanediol ont des effets anti-fongiques, et améliorent ainsi la stabilité aérobie du fourrage.

Les souches les plus utilisées sont Lactobacillus buchneri, Lactobacillus brevis et Propionibacterium acidipropionici. Au regard de la vitesse d’action de ces micro-organismes, il est important d’assurer une durée de fermentation minimale de 2 à 3 mois afin de bénéficier pleinement de l’effet « anti-échauffement ».

Quelques précautions d’usage

À l’exception des sels dont l’usage est restreint aux couches superficielles du silo, tous les autres additifs doivent être appliqués de manière homogène dans la masse de fourrage. De ce fait, l’application par pulvérisation sur chaque couche de fourrage étalée lors de la confection du silo est à proscrire. La meilleure façon de l’appliquer est de l’incorporer dans les réservoirs prévus à cet effet sur les ensileuses. La solution contenant l’additif est ensuite pulvérisée en fines gouttelettes au niveau de l’accélérateur de l’ensileuse (pied de la goulotte). Ce mode d’application permet une répartition homogène au cœur du flux de récolte.

Attention au dosage !

Lors de l’application des additifs, une difficulté majeure est de parvenir au bon dosage : « ni trop peu pour bénéficier de l’efficacité technique, ni trop du fait de leur coût économique ». Pour les acides et pour les bactéries lactiques une fois diluées dans l’eau, il s’agit d’appliquer un certain volume par tonne de fourrage brut. Sur l’ensileuse, le réglage de l’applicateur se fait en litres par heure. Il est donc nécessaire d’apprécier le rendement ainsi que le débit de chantier afin d’appliquer la quantité recommandée.

Trucs et astuces

Les additifs biologiques sont par définition des organismes vivants et il convient de respecter quelques précautions. Le stockage des produits doit se faire dans un endroit frais et sec. Pour la dilution, utiliser préférentiellement une eau peu voire non chlorée et à une température proche de celle du stockage des bactéries. Pour éviter les phénomènes de sédimentation dans la cuve de l’applicateur, préparez les additifs par demi-journée de travail, en homogénéisant bien avant incorporation dans la cuve.

Arvalis - Institut du végétal

Un article Arvalis - Institut du Végétal - Auteur : Anthony Uijttewaal
Photos ©Arvalis - Institut du végétal

ensilage d'herbeTableau des conservateurs

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