Penser au sursemis pour régénérer sa prairie

Dans le contexte climatique de ces dernières années, certaines prairies ont « vieilli » plus vite. Dans ce sens, la question de leur rajeunissement se pose avec le choix de la technique la plus adaptée : changement de gestion, sursemis ou rénovation complète.

« Avec le changement climatique, nous allons gagner de 7 à 15 jours de précocité de l’herbe », entame Stéphane Martignac, conseiller fourrage à la chambre d’agriculture de Corrèze, lors d’une journée sur le pâturage organisée par l’UMT SeSAM*, le 1er octobre à Chamberet (19). « Les dates de fauches vont évoluer également. Cela va demander beaucoup d’anticipation sur le pâturage et la gestion des stocks », continue-t-il évoquant des épisodes climatiques perturbateurs une année sur cinq d’ici 2050. Ce constat est partagé par Hervé Feugère, conseiller fourrage à la chambre d’agriculture de Creuse, qui continue « avec le changement climatique, nous observons déjà des prairies de plus en plus dégradées ». Aussi avant de se lancer dans une rénovation, il insiste sur l’importance d’un premier diagnostic de l’état de sa prairie. « Si, dans la prairie, se retrouvent de bonnes graminées comme le ray-grass anglais, la fléole, la fétuque élevée, le pâturin, le dactyle, et qu’il n’y a pas trop de vide, il vaut mieux jouer sur le mode d’exploitation que de se lancer dans un sursemis, plus coûteux et surtout plus aléatoire », analyse-t-il.

Changer de pratique avant d’envisager un sursemis

Arrêter de faucher et passer la prairie un ou deux ans uniquement en pâture, opter pour un pâturage tournant pour limiter l’impact du piétinement et des zones de surpâturages, faucher les refus, recaler la fertilisation avec des amendements en phosphore ou en potasse sont des options possibles avant de penser au sursemis. « En Limousin, rien ne sert d’apporter du phosphore ou de la potasse s’il n’y a pas eu d’amendement calcaire avant », précise Stéphane Martignac. Et si la prairie est trop dégradée, avec un excès de dicotylédones indésirables (pâquerette, pissenlit, etc.) et un manque de graminées intéressantes, il faut sursemer. « Sur sol pierreux, le résultat est intéressant mais la technique est plus aléatoire sur d’autres types de sol », rapporte Hervé Feugère. La technique a ses limites. Il est ainsi parfois difficile de « rappuyer la graine dans la terre », d’où l’importance de passer un rouleau ou de faire pâturer les animaux un minimum de temps sur la parcelle juste après. Le matériel à utiliser est bien spécifique, même si du semis à la volée est aussi possible. Il faut rester vigilant à ce que les éléments semeurs ne soient pas trop écartés influençant négativement la densité de semis. « Un ou deux passages de herse classique ou étrille pour gratter le sol vigoureusement tout en remontant des débris végétaux sont aussi à prévoir », selon Hervé Feugère.

Une vive concurrence entre espèces prairiales

Les graines vont rester en concurrence directe avec le reste du couvert, entraînant un côté plus aléatoire dans leur implantation. Dans ce sens, il est important de choisir des espèces agressives comme le Trèfle violet (variété diploïde) accompagné de ray-grass anglais et hybrides. « L’idéal est de semer plutôt à l’automne, quand le pâturage est déjà un peu ras ou au printemps, fin mars début avril, dans des conditions chaudes et humides », continue Hervé Feugère. Le coût d’un sursemis s’élève à près de 250 €/ha. Et si vraiment la prairie est trop dégradée, plutôt que de la ressemer dans sa totalité après labour et amendements, induisant un coût entre 550 et 700€/ha, Stéphane Martignac insiste sur l’intérêt du semis sous couvert de méteils ou de céréales. « Dans le cas d’une prairie sous couvert de méteils, la prairie explose après un fauchage en mai. Avec cette technique, en un passage, l’éleveur sème deux éléments et le méteil protège les espèces prairiales », observe-t-il.

L’indispensable diagnostic de sa prairie avant de ressemer

Pour évaluer la nécessité de ressemer une prairie, Hervé Feugère, conseiller fourrage à la chambre d’agriculture de Creuse, invite les agriculteurs à effectuer le comptage des espèces dans un carré de 25 cm de côté, plusieurs fois dans la prairie (diagnostic). « Il faut éviter les entrées de champs bien entendu », explique-t-il. En fonction des résultats, la décision de sursemer sera prise. Dans la parcelle choisie à Chamberet, il retrouve 8 % de vide, 25 % de dicotylédones indésirables et 67 % de très bonnes graminées et légumineuses. Bilan, selon lui, « le sursemis, ici, n’a aucun intérêt ! »

* : UMT SeSAM : Unité mixte technologique systèmes allaitants multiperformants regroupant l’IFCE, l’Inrae, l’Idele et VétAgro Sup

compter les espèces intéressantes dans un carré de quelques centimètres

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