« Quand la sécurité fourragère est prioritaire... » visite d’une ferme d'élevage bio

À la ferme expérimentale bio de Thorigné (49), toutes les limousines (115 UGB) sont nourries avec les productions des 125 ha de l’exploitation. Sur ce site, la quête de stocks de fourrage est impérative pour pallier aux étés secs, habituels dans la région.

" Hors coûts de recherche, notre ferme est viable ", annonce d’entrée Jean-Paul Coutard, responsable de la ferme expérimentale de Thorigné. Sur cette exploitation de polyculture-élevage conduite en bio depuis 1998, les thèmes de recherche sont multiples mais l’optimisation de la production de viande bovine biologique et la recherche de l’autonomie et de la sécurité alimentaire restent les sujets phares. « Ces deux axes constituent en effet deux critères importants pour atteindre la rentabilité économique d’une ferme biologique, explique-t-il. Aussi, nous avons mis en évidence plusieurs leviers pour gagner en sécurité alimentaire, à commencer par l’optimisation de l’efficacité de l’UGB présent. Il faut faire la chasse aux UGB improductifs », insiste-t-il. Comment ? En maîtrisant les intervalles entre deux vêlages par exemple : la moyenne ici est de 367 jours.

Adapter le chargement

Deuxième impératif : adapter le chargement au potentiel naturel des sols. A Thorigné, sur 97 ha de prairies, 71 ha sont semés en prairies à flore variée. En moyenne, chaque parcelle associe de 5 à 7 espèces aux fonctions complémentaires : 2 à 4 graminées pour 3 légumineuses. «Nous utilisons en général de la fétuque élevée à feuilles souples, du RGA demi-tardif diploïde à faible remontaison, du trèfle blanc, du trèfle hybride et du lotier corniculé». Le but étant d’obtenir un mélange rustique, capable de produire davantage. «Nos essais ont montré que les prairies à flore variée produisent, dans nos conditions à alternance hydrique marquée, 1,5 T MS/ha de plus que le RGA-trèfle blanc». Autre levier : l’implantation de luzerne dans toutes les parcelles où cela est possible. Et ce, même dans des terres acides mais non hydromorphes. Dans ce cas, les semences sont inoculées et les sols, enrichis en amendements calcaires. "Autre piste d’action, confie Jean-Paul Coutard : l’association de céréales et de protéagineux utilisables pour la récolte en grains (triticale-pois fourrager) ou en ensilage (triticale-avoine-pois fourrager-vesce)."

Constituer des stocks

N’oublions pas la nécessaire complémentation azotée ! « Dans nos conditions de culture, l’utilisation de féveroles d’hiver s’affiche comme la meilleure des alternatives ». En pratique, les rotations sont longues : de 5 à 9 ans pour une moyenne de 7 ans. La stratégie adoptée doit permettre de constituer des stocks suffisants pour pallier aux sécheresses estivales les campagnes plus difficiles. « Une stratégie qui montre ses limites cette année quand, après deux années délicates, la sécheresse a débuté dès la fin de l’hiver. Là, nous sommes dans une impasse. Certes, nous avons ensilé davantage de céréales et de protéagineux, mais avec une chute de 45 % de la pousse de l’herbe, l’achat de fourrage à l’extérieur va s’avérer incontournable. Une situation qui nous oblige à réfléchir autrement, à se demander si la constitution de stock dès la fin de l’hiver est possible en recourant à d’autres variétés, d’autres espèces. »

En chiffres

  • La ferme expérimentale de Thorigné d’Anjou (49) est conduite en bio depuis sa création à l’automne 1998 sur une initiative de la chambre d’agriculture du Maine-et-Loire ; elle est gérée par 15 organismes agricoles.
  • Le troupeau se compose de 68 vaches allaitantes limousines et leur suite, soit un total de 115 UGB.
  • 125 ha : 97,2 ha de prairies dont 70,6 ha à fl ore variée (5 à 7 espèces). 26,6 ha de céréales et protéagineux, et 1,4 ha d’essais en petites parcelles.

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