Rendre ses prairies plus résilientes face au changement climatique

Les aléas climatiques, notamment les épisodes chauds et secs, s’enchainent. Pour surmonter ces épisodes difficiles, il est nécessaire de rendre les systèmes d’exploitation plus résilients. C’est dans ce but que le programme Inno4grass réunit des éleveurs et techniciens de 8 pays européens pour compiler et diffuser des innovations sur la conduite des prairies. Lors du Space 2019, deux des éleveurs français ont témoigné sur les adaptations qu’ils apportent à leur système fourrager.

Quand les années sèches s’enchainent, les fourrages viennent vite à manquer. « Mon exploitation, à Bernay-Neuvy-en-Champagne, est dans une zone séchante de la Sarthe. L’an dernier, j’ai dû vendre un tracteur pour acheter du fourrages», se souvient, avec amertume, Frédéric Lenglet (en haut). Pourtant, le jeune éleveur bio connait la fragilité de son système face à la sécheresse et, depuis son installation, il travaille à le rendre plus résilient. Autre région, celle de la baie du Mont-Saint-Michel (50), mais même problème de sécheresse estival chez Gildas Gedouin, lui aussi producteur laitier bio. Ces deux éleveurs cherchent à assurer leurs ressources fourragères, eu augmentant les surfaces en herbe. « Contrairement au maïs qui peut être touché de plein fouet par une sécheresse estivale, avec l’herbe, on a plusieurs récoltes, notamment au printemps, avant la période sèche, et à l’automne, on peut bénéficier d’une pousse », soulignent-ils. Pour produire un maximum de lait à l’herbe, Frédéric Lenglet a augmenté ses surfaces en herbe et le pâturage. Il achète également de l’herbe à un voisin. Quant à Gildas Gedouin (en bas), pour augmenter les surfaces accessibles, il fait des échanges parcellaires et emmène ses vaches de plus en plus loin. « Pour gagner quelques hectares, on s’est organisé pour faire franchir une ligne ferroviaire au troupeau », explique-t-il.

Diversifier les ressources fourragères

Pour produire du lait à l’herbe, il faut une conduite rigoureuse et optimisée. Chez Gildas Gedouin, cela commence, dès le début de la saison, avec un topping pour densifier la repousse et limiter les refus. Puis à chaque cycle, ce seront les hauteurs de fauche et de sortie de parcelle qui seront surveillées, toujours dans un objectif de qualité de repousse. «Avec le pâturage, il faut être flexible et opportuniste, s’adapter à la pousse de l’herbe et pas au calendrier qu’on avait imaginé », rappelle Gildas Gedouin. En plus de diversifier leurs ressources, par des cultures fourragères annuelles (betteraves, colza, sorgho), ces éleveurs travaillent sur la composition même de leurs prairies pour voir ce qui résiste le mieux au manque d’eau. Frédéric Lenglet adapte la composition de ses prairies multi-espèces à la parcelle. « A la base RGA+RGH et trèfles, j’ajoute du plantain à raison de 2kg pour son aptitude à produire dans le sec. Dans les sols séchants, je mets de la fétuque élevée. Pour les parcelles plus humides, je choisis de la fétuque des prés avec de la fléole ». Pour continuer à travailler sur le choix d’espèces qui résistent à la sécheresse tout en gardant de l’appétence, le jeune éleveur «regarde ce qui se fait au à l’étranger, dans des pays secs où il y a de l’élevage laitier ».

Pour conforter le rendement fourrager, Gildas Gedouin teste des sursemis de protéagineux après la dernière fauche et a augmenté la présence de luzerne dans ses prairies. Fréderic Lenglet, lui, mise sur des semis sous couverts. Il rénove un tiers de ses prairies permanentes chaque année par un sursemis (RGH, chicorée, plantain, TB, RGA, trèfle incarnat) sur la 1ère quinzaine de septembre, puis, selon la reprise, les vaches pâturent début octobre. Vers le 15-20 octobre, il effectue un semis direct de méteil (15kg/ha d’avoine, 60 de pois fourrager, 15 de vesce et 60 à 80 kg de féverole). Ce méteil sera ensilé mi-mai avec, dessous, une prairie prête à pousser. Frédéric Lenglet réalise également des sursemis avec du sorgho, du RGI, du colza, un méteil protéagineux « pour diversifier les ressources fourragères ».

Autant de petites actions qui se cumulent pour rendre les exploitations plus résilientes face aux aléas climatiques.

Les exploitations

Frédéric Lenglet

  • Situé dans la Sarthe,
  • 3,9 UTH dont 2,9 salariés,
  • Exploitation laitière bio : 730.000 litres vendus en 2018,
  • SAU 142 Ha, dont 130 accessibles au pâturage (70 Ha de prairies temporaires, 30 Ha prairies permanentes), 20 Ha de maïs ensilage + 80 Ha d’achat d’herbe sur les prairies permanentes d’un voisin.

Gildas Gedouin

  • Situé dans la Manche,
  • Earl avec deux chefs d’exploitation et un salarié à mi-temps,
  • Exploitation bio : 75 vaches laitières pour 446.000 litres de lait produits + un atelier d’engraissement de porcs,
  • SAU : 90 Ha avec 9 Ha de céréales et protéagineux, 11,5 Ha de maïs, 50 Ha de prairies temporaires, 19 Ha de prairies naturelles.

photo Gildas Gedouin - crédit Biofil Frédéric Ripoche

Frédéric LengletGildas Gedouin

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