Reconstituer des stocks de fourrage. Surtout ne pas baisser les bras !

Des solutions existent, à condition de revenir à quelques principes fondamentaux, selon Eric Pottier, le responsable du service « fourrage et conduite du troupeau allaitant » à l’Institut de l’Elevage.

« Les conditions climatiques de l’automne dernier, peu poussantes dans la plupart des régions, avaient déjà entamé les stocks. Le printemps particulièrement sec que nous venons de vivre a prouvé qu’il devenait dangereux de fonctionner en flux tendu », constate Eric Pottier. Certes, un stock de fourrage immobilisé, cela coûte. Mais quand les épisodes de sécheresse se répètent, ce stock devient alors une assurance pour la survie économique de l’exploitation. Un conseil qui a le mérite de nous ramener à plusieurs fondamentaux. Cette campagne rappelle ainsi l’importance d’équilibrer les chargements. « Ces derniers, et dans un contexte d’aléas climatiques de plus en plus marqués, sont en général un peu trop élevés. En année « normale », cela fonctionne mais en cas de sécheresse, l’équilibre est fragilisé… et dès lors, dangereux. » Autre rappel utile : les systèmes herbagers ne sont pas plus sensibles que d’autres systèmes fourragers à la sécheresse. Cela dépend aussi de la période où celle-ci sévit. En début de printemps, les prairies seront davantage pénalisées, en fin de printemps, ce sera le maïs.

Ne pas oublier le pâturage

Pas question pour Eric Pottier de tomber dans le marasme. « Il est peu probable que l’automne et l’hiver à venir soient également très secs. Déjà, les pluies de juin ont, dans certaines régions, apporté un peu de souffle. Il faut prendre le pari en mettant en place des alternatives, comme l’implantation de cultures en dérobé pour produire à l’automne ». Les possibilités sont multiples : maïs pour ensiler ; sorgho, millet, RGI pour pâturer à l’automne ; des céréales fermières pour produire du fourrage et non des grains. L’enjeu est double : constituer les stocks et prolonger au maximum la saison de pâturage pour économiser non seulement sur les stocks mais également sur la paille et les concentrés. Dans ces périodes où les disponibilités en herbe sont faibles et le climat très séchant, il importe de ne pas laisser les animaux « râper » les prairies, de pratiquer un pâturage tournant et, le cas échéant, de bloquer les animaux sur des parcelles. Dans le cas contraire, les effets négatifs du climat sont amplifiés et les capacités de redémarrage, voire la pérennité du couvert, amputées.

Valoriser tout ce qui peut l’être

Autre solution : remplacer les prairies temporaires dégradées. « Sur notre ferme expérimentale du Limousin, nous avons ainsi retourné 5 ha et avons semé du sorgho fourrager qui devrait être pâturé dès le début août. Mi-septembre, nous implanterons un RGI associé à du colza qui, dès novembre, sera pâturé par des brebis puis permettra de disposer précocement de surfaces pâturables en fin d’hiver ». L’idée est bien de valoriser toutes les potentialités de l’exploitation : qu’il s’agisse des prairies temporaires ou permanentes. « Ne pas mettre tous ses oeufs dans le même panier », un adage qui, selon Eric Pottier, convient parfaitement à la stratégie à adopter dans les semaines à venir.

Les ovins valorisent au maximum les couverts présents

Les ovins peuvent profiter davantage et plus longtemps des prairies. Avec eux, pas de problème de portance, de destruction du sol. « En hiver, rappelle Eric Pottier, il ne faut pas hésiter à les laisser le plus longtemps possible, toujours en favorisant un pâturage tournant mais en les laissant manger l’herbe au maximum. Une hauteur de 1 cm d’herbe produit environ 300 kg de MS /ha, soit la nourriture pour deux brebis durant un hiver. Un chiffre à retenir dans les années où les stocks doivent être optimisés, sachant que les brebis, comme la prairie, peuvent se satisfaire de hauteurs modestes, de 2 à 3 cm ».

des « brebis en train de pâturer

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