« Faire ou refaire de l’herbe une culture à part entière »

Alors que son exploitation va sérieusement évoluer dans les tous prochains mois, Martial Marguet, président de l’Institut de l’Elevage et éleveur bovin dans le Jura, entend optimiser ses surfaces herbagères. L’occasion de se plonger dans une réflexion sur l’intérêt de ressemer des prairies productives et sur la composition des mélanges prairiaux. Un sujet qui, selon lui, gagnerait à être davantage creusé.

Située à 1000 mètres d'altitude dans le Haut-Doubs et proche de la frontière suisse, l’exploitation de Martial Marguet est en pleine mutation. « Je travaillais en EARL individuelle sur 96 hectares, tout à l’herbe, pour alimenter un cheptel bovin laitier », explique-t-il. L’exploitation comprend également un atelier « génisses » de reproduction. Avec un élevage voisin, l’ensemble va intégrer un Gaec qui se déploiera sur 192 hectares, pour 280 vaches montbéliardes, dont 100 laitières. Ce Gaec conservera les caractéristiques de l’EARL : « Mon atelier laitier bénéficiant de l’AOC Comté, j’ai un cahier des charges contraignant en matière d’alimentation. Il proscrit notamment l’ensilage, précise-t-il. Les vaches passent six mois au pâturage sur l’année, il me faut donc une autonomie pour les six autres mois. »

Anticiper les dégâts dus aux campagnols

La SAU de son exploitation comptait jusqu’à présent 12 hectares de prairies temporaires, semées en mélanges prairiaux, essentiellement trèfle blanc-ray-grass anglais. Sur certaines de ces parcelles, il lui est arrivé de faire un passage de herse et de semer des céréales. Pratiquées sans labour, ces cultures nécessitent de faire « monter » le matériel provenant d’exploitations situées à une moindre altitude pour la moisson. « Dans une année excellente, j’ai obtenu un rendement de 44 qx/ha en orge », sourit-il. Cette gestion a aussi, et surtout, le mérite de détruire les passages de campagnols terrestres. « C’est un véritable fléau au niveau local, capable de mettre des parcelles entières à nu, témoigne Martial Marguet. Quand je fais mes réserves, je dois prévoir en plus des six mois d’hiver, des stocks de sécurité en cas d’année « à campagnols ».

Concilier volume et protéines

Face à ces besoins, et dans le cadre de l’évolution de l’exploitation, l’agriculteur et ses associés veulent optimiser davantage leurs productions herbagères, ce qui passe par le retournement de certaines prairies, et un nouveau semis. En effet, quand il effectue des calculs de ratio ‘volume de lait produit par parcelle’, Martial Marquet constate que les résultats varient beaucoup d’une prairie à l’autre. « Tous les mélanges ne se valent pas, développe-t-il. Nous avons notamment d’anciennes pâtures dont la composition présente une production réduite. Nous souhaitons donc leur donner un coup de neuf, dans le but d’y remettre les bêtes. L’objectif serait d’avoir à la fois un volume le plus important possible, et une richesse en protéines. Et, quitte à paraitre idéaliste, favoriser l’apport en fibre, l’appétence et la digestibilité ! » Dans un premier temps, Martial Marguet estime à 5-6 hectares les surfaces à retourner et resemer. Tout en envisageant, si les résultats sont bons, d’étendre cette pratique.

Bien choisir les espèces à semer

Les décisions concernant ces semis seront prises courant 2014. Les associés en sont à l’heure des questions : outre les anciennes pâtures, quelles parcelles retourner ? Quand programmer le semis : automne ou printemps ? Pour quelle utilisation de ces surfaces : mise à l’herbe ou fourrage ? Autre paramètre important et changé : alors qu’il produisait jusqu’à présent des balles rondes, l’exploitant devrait mettre en place un système de séchage par déshumidification pour améliorer les apports de protéines via des fourrages séchés. « Nous n’avons pas forcément la science pour trancher et déterminer ce qu’il est le plus pertinent de semer, admet-il. Dactyle et fléole donnent du volume, mais pas forcément beaucoup de richesse. Certains éleveurs de la région implantent de la luzerne pour faire de la protéine, mais il y a d’autres solutions… notre idée aujourd’hui est de privilégier les mélanges. L’intelligence me semblerait être de chercher à combiner les cycles courts et de l’annuel. »

Accompagnés pour produire de l’herbe

Pour l’aiguiller et l’aider à valider ses choix, Martial Marguet sait pouvoir se tourner vers sa coopérative, mais aussi, pourquoi pas, sur des organismes nationaux comme le Gnis. « Nous serions même prêts, le cas échéant, à faire des expérimentations, affirme-t-il. Je constate d’ailleurs, au niveau de ma coopérative, une tendance à l’accompagnement des agriculteurs pour produire de l’herbe. On a eu tendance à croire que les herbages se suffisent à eux-mêmes, et donc trop longtemps délaissé la réflexion autour des semis prairiaux, moi le premier. Faire ou refaire de l’herbe une culture à part entière est important. »

Le guide des mélanges pour prairie apporte des réponses à accompagner localement »

« Pour un tel guide, l’enjeu est de savoir comment et avec quel accompagnement il va parvenir aux agriculteurs. La plaquette Préconisations agronomiques pour les mélanges de semences pour prairies en France est de bon conseil, mais il faudra toujours la compléter par des notions « de terrain », propres à chaque secteur. Ce type de document est séduisant, intéressant, mais il ne peut être utile que si les éléments qu’il propose sont intégrés par le plus grand nombre, et le plus en amont possible. Trop souvent, il faut attendre des situations d’urgences ou des accidents pour se poser des questions…
En cela, il me parait très important de faire parvenir ce guide aux lycées agricoles. A titre personnel, dans le cadre de contraintes alimentaires qu’imposent l’AOC Comté, ce guide apporte des réponses importantes. Plus largement, raisonner ses semis prairiaux afin d’obtenir une alimentation plus juste pour son élevage, cela peut également être un plus pour le bien-être animal. »

Ce document est disponible sur le site de l'AFPF.

"Exploitation
Martial Marguet

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