Engraisser les bovins viande à l'herbe : économique et écologique

En élevage allaitant, la finition des animaux à l’herbe permet un gain de temps et d’argent, avec un impact positif sur l’environnement. Pour tirer profit de cette conduite plus technique, il faut bien penser l’implantation des prairies, et la gestion du pâturage.

« Les intérêts de l'engraissement à l'herbe sont multiples : gain de temps, économies, et amélioration de l'impact sur l'environnement, notamment avec une réduction de l'émission de gaz à effet de serre », résume Vincent Lambrecht, chargé de mission bovins viandes à la chambre d’agriculture des Pays de Loire. C’est un argument qui peut être valorisé auprès du consommateur : plusieurs filières s’en sont emparées, avec des cahiers des charges exigeant une part d’herbe importante dans la ration. « La viande est reconnue comme plus riche en oméga 3 », illustre Vincent Lambrecht. Avec un bémol : « C'est plus compliqué, et plus technique », ajoute le chargé de mission. Pour l'éleveur, la démarche commence dès l'implantation des prairies. Ensuite, quelques prérequis s'imposent, si l'on veut finir intégralement les animaux à l'herbe.

Mars à juin, la période optimale

L'engraissement à l'herbe pour finir les animaux doit se faire de mars à juin. « A partir de fin juin, la qualité et la pousse ne sont plus au rendez-vous », juge Jean-Luc Gayet, conseiller prairies à la chambre d'agriculture des Pays de Loire. Des essais ont été menés d'octobre à juin, sans succès : la finition n'était pas complète. Une expérimentation menée sur la ferme expérimentale des Etablières, en Vendée, a permis de montrer qu'il était possible d'engraisser complètement des animaux à l'herbe avec une note d'état de 3, sous réserve de quelques conditions : une mise à l’herbe précoce, avec du pâturage tournant, et des animaux en état en sortie d’hiver. Il s'agissait ici de limousines et de charolaises, avec un chargement sur des prairies temporaires de 26 à 40 ares par vaches.

En mars, les animaux doivent débuter la période d'engraissement avec une note d'état supérieure à 2,5. « Sinon, la période nécessaire est trop longue par rapport à la pousse de l'herbe », justifie Vincent Lambrecht. La mise à l'herbe doit être précoce : « l'objectif, c'est que la transition alimentaire soit faite avant la pousse de l'herbe », précise le conseiller. Ce qui signifie qu’il faut avoir des sols portants. Un pâturage tournant est conseillé, entre trois et sept jours. En pratique, sur le terrain, « les éleveurs donnent en général 300 g à 2 kg par jour de céréales, selon l'état de l'herbe, pour compléter. Cela permet aussi de garder le lien avec les animaux en pâture », constate Vincent Lambrecht.

Choisir des espèces avec une bonne valeur nutritive

Pour maximiser l'herbe pâturée dans la ration, le choix des espèces composant les prairies temporaires est essentiel. Plusieurs facteurs sont à prendre en compte : la précocité, la période d'épiaison, et l'orientation de la prairie, entre fauche et pâture. Sans oublier la valeur nutritive de l'espèce. « Pour la viande, il faut un équilibre de 100 PDIE/UFV (protéines digestibles dans l’intestin grêle permises par l’énergie/unité fourragère viande), exactement la valeur d’une prairie multi-espèces, 100 PDIE/UF, voir 130 si elle contient beaucoup de trèfle : le pâturage est tout indiqué pour engraisser », explique Vincent Lambrecht. Les unités fourragères (pour rappel, 1 UFV = 1 kg d'orge) sont différentes selon les espèces : le trèfle affiche 1,10 UFV, le ray-grass anglais 1,03, le ray-grass italien 0, 99, le dactyle 0,98, la fétuque élevée 0,85...

Avec une précaution au semis concernant le trèfle, qui peut prendre le dessus sur les autres espèces : « il ne faut pas dépasser plus de 50 % du nombre de graines semées avec du trèfle, sachant qu’il a un petit PMG (poids de mille grains) », précise Jean-Luc Gayet. L’expert prairies ajoute : « La dose de semis ne préjuge en rien de l’association graminées légumineuses pendant la durée de vie de la prairie. Certaines semées à 3 kg de trèfle pourront se retrouver avec 40 % de légumineuses sur le cycle de mai en année 2 par exemple. Mais on voit aussi des parcelles ou le trèfle blanc régresse la troisième année post semis, et occuper seulement 25 à 30 % de la biomasse ». Pour lui, une base de 3 à 4 kg de trèfle blanc (soit 650 graines par m²), dans une association avec 12 kg de RGA et 8 kg de fétuque élevée est amplement suffisant.

D’autres critères sont aussi à considérer. « La fétuque élevée a un profil intéressant car elle résiste bien aux différentes saisons, fait part Jean-Luc Gayet. En hiver, elle supporte les parcelles humides, et au 15 juin elle est encore active : une pluie et elle repart. Elle reste verte même en cas de coup de chaleur à l'été, et les vaches allaitantes la consomme bien ». Il la conseille en association avec du ray-grass anglais, et une légumineuse comme le trèfle blanc. « La fétuque va ramener de la MAT (matière azotée totale), quand le ray-grass faiblit ». Jean-Luc Gayet conseille aussi d'être vigilant, « En cas d'association de variétés, il faut veiller à ce que les périodes d'épiaison soient similaires car elle fait chuter les valeurs nutritives ».

Hausse de l’EBE jusqu’à 8 200 €/UTH

« Économiquement, une étude a montré que plus on augmente la part d'herbe, plus l'EBE augmente chez un naisseur-engraisseur », développe Vincent Lambrecht. Plus précisément, il a été observé une hausse de l’EBE jusqu’à 8 200 €/UTH et une diminution du volume de travail de 280 h (travaux de saison et astreinte en bâtiment). Par ailleurs, une réduction de l’IFT (indice de fréquence de traitement de 1,25 (IFT total), et une baisse des émissions brutes de gaz à effet de serre (-8 %) ont été mesurés. L'étude est consultable en ligne.

Vincent Lambrecht Jean-Luc-Gayet

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