Portes ouvertes à Thorigné-d’Anjou : les essais de chicorée et de plantain intriguent

La ferme expérimentale de Thorigné-d’Anjou a ouvert ses portes aux éleveurs le 14 mai à l’occasion de ses 20 ans. Lors de cet événement, les visiteurs ont pu participer à plusieurs ateliers autour de la conduite d’un troupeau de bovins allaitants en bio. Pour les découvrir, il fallait déambuler le long d’un parcours traversant les différentes prairies de l’exploitation.

Un des ateliers, dédié aux mélanges prairiaux, était intitulé « Associer des graminées et des légumineuses ». L’un des premiers éleveurs à arriver se renseigne sur l’implantation de trèfles, dans ses prairies ou en pur. Il s’inquiète notamment des problèmes de météorisation liés à une consommation en vert ou en enrubannage.

Mais rapidement, ce sont les bandes d’essais sur la chicorée et le plantain, à droite de la tente qui héberge l’atelier, qui attirent les regards et les conversations. « Est-ce que ça se fauche ? » s’interroge Thomas Pierrochaud, éleveur allaitant à Sainte-Pazanne en Loire-Atlantique. Alors qu’il entame sa conversion à l’agriculture biologique, Thomas est venu observer ce qu’il pourrait transposer sur son exploitation. « Je ne suis fermé à rien, mais je ne suis pas sûr d’intégrer ce type de plante dans mes prairies » déclare-t-il après avoir découvert la faible valeur alimentaire du plantain et de la chicorée. Thomas continuera ensuite le parcours pour se rendre sur l’atelier « Semis de prairie sous couvert » qui l’intéresse pour son mélange associant une fétuque, un trèfle blanc, un ray-grass anglais diploïde et un tétraploïde.

Chicorée et plantain comme fourrage d’été ?

À Thorigné-d’Anjou, chicorées et plantains sont testés pour analyser leur capacité de résistance à la sécheresse et leur production de stock durant l’été. Car les données recueillies entre 2016 et 2018 ont montré que deux-tiers de leur rendement se construit pendant la période été/automne.
Des caractéristiques intéressantes qui localisent l’utilisation de ces plantes à certaines régions. Devant les bandes d’essais, André Ledu, Président de la commission élevage de l’ITAB (Institut Technique de l’Agriculture Biologique) et éleveur laitier dans le Finistère, estime que chicorée et plantain n’auraient pas d’intérêt dans sa zone géographique où il y a de l’eau toute l’année.

Un peu plus loin, des éleveurs bio mayennais confrontés aux mêmes problèmes de sécheresse que le Maine-et-Loire échangent sur leurs pratiques. « Cette année, j’ai fait pâturer les chicorées assez tôt, et ça les a bien contrôlées » analyse Quentin Gougon, l’un des éleveurs du groupe. Il se souvient que l’année précédente, une parcelle de chicorées fauchée était mieux repartie qu’une parcelle pâturée. « Mais attention, c’est de l’observation empirique, chacun doit se faire sa propre expérience chez lui » prévient le Mayennais. L’un de ses collègues ajoute que le plantain est plus facile à gérer car il monte beaucoup moins haut lorsqu’il graine. Il ressort également de la discussion qu’avec un peu d’insistance les vaches allaitantes finissent par manger une partie de la tige des chicorées même quand elles sont montées.

Une croissance rapide en question

À chaque fois, c’est bien la gestion de ces plantes à développement rapide qui revient au cœur des débats. L’un des éleveurs du groupe de mayennais, plus âgé, se méfie d’ailleurs de l’installation de ces espèces sur ses terres profondes. Une expérience réalisée sur la ferme expérimentale a conclu que chicorée et plantain étaient peu pertinents en additif dans une prairie à flore variée du fait de leur caractère invasif. « Le problème c’est qu’en mélange, la chicorée se développe plus vite que le reste de la prairie. Les éleveurs ont parfois tendance à faire pâturer en observant uniquement la chicorée alors que les graminées et les légumineuses ne sont pas prêtes à recevoir les animaux » explique Grégoire Dufour, l’animateur de l’atelier qui travaille à la ferme expérimentale des Etablières en Vendée. Pour faire face à ce problème il évoque deux pistes : utiliser la chicorée en pur ou l’intégrer dans un mélange en très petite quantité.

Didier Dupont, technicien d’optimisation de productions bio ruminants au sein de la coopérative Cavac également présent, met en garde contre les plantains que l’on implante actuellement dans l’hexagone. « Ce ne sont pas les mêmes que ceux utilisés en Nouvelle-Zélande ou en Irlande. Certains sont trop agressifs » estime-t-il. Le Vendéen regrette que le dactyle n’ait pas été testé dans les prairies à flore variée qui accompagnent chicorée et plantain. « Je ne pense pas que ce soit une bonne idée de prendre du retard sur cette graminée. On en aura besoin demain, surtout avec l’évolution variétale. Son aspect peu sociable dans un mélange peut être géré grâce à du pâturage tournant dynamique » affirme-t-il.

visiteurs devant des parcelles de démonstration
association chicorée et plantin association chicorée et plantin

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